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Recueillir, transmettre et faire vivre le chant traditionnel de

 

Haute-Bretagne et d’ailleurs

 

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Hommage

Albert Poulain nous a quittés       

albet poulain

    « Ah, te v’là toi ! »


Il est agréable en pensant à l’homme qui nous quitte de se référer à l’œuvre qu’il nous laisse. Et cette œuvre ne se réduit pas aux quelques livres, photographies, disques ou CD qui en gardent la trace. Cette œuvre est celle d’un homme libre , généreux et fougueux et elle se dépose durablement dans nos mémoires.


Homme libre dans sa parole, oh combien éloignée des conformismes ambiants et des prêts-à-penser, apostrophant le politique comme l’homme du peuple sur sa responsabilité. Homme libre dans son regard, revisitant les inventaires et les patrimoines, découvrant des anonymes qu’il rendait merveilles à nos yeux. Homme libre dans son écoute, capable de restituer un moment de vie par le portrait ou la caricature qu’il en faisait.


Homme généreux, de ceux qui  se dépensent sans compter, et pas seulement aux tâches nobles – qui est cette personne qui nettoie les tables après un repas, ramasse les chaises après un concert ? - ; de ceux qui n’ont jamais compté les kilomètres parcourus ; de ceux qui répondent toujours présents à la moindre sollicitation en dépit quelquefois de son propre agenda.


Homme fougueux, comme le poulain qu’il n’a jamais cessé d’être se refusant à devenir cheval, fut-il d’orgueil, certainement pas couché.


Homme debout, maître de l’orature à qui chanteurs et conteurs du pays gallo doivent tant. Ceux de sa génération et les plus jeunes pour qui il est un modèle, les anciens à qui il a rendu une partie de leur dignité. Ainsi Louise Prévert lui confie-t-il un jour  « J’te srë tout l’temps r’connaissante, car sans ta j’n’aurë jemé su que j’të si savante ! ». Et là, ce serait faire injure que de qualifier sa pratique artistique d’amateur ou de professionnelle. Il incarne tout simplement sa culture, celle du peuple, la vit, l’interprète, la transmet infatigablement. Il en est le chantre dira Jean-Bernard (Vighetti). Chacune de ses interprétations est un petit chef d’œuvre qui nous marque à jamais.


Homme passeur, qui était, depuis ces dernières années, obsédé par la volonté de laisser toute son oeuvre à disposition de chacun. Pour que ce savoir et cette culture lui survivent.


Homme humble, comme tous les grands, comme tous les insoumis de sa génération, refusant les hommages, qui pourtant furent nombreux, mais maugréant sur l’absence d’une véritable reconnaissance de ce qui motivait son travail.


Homme unique, irremplaçable, inoubliable, un grand « monsieur », malicieux de surcroît.


Sachons, mettre chapeau bas.


Il est agréable en pensant à l’homme qui nous quitte de se référer à l’œuvre qu’il nous laisse.


A chacun de continuer comme il le pense, comme il le souhaite, sur l’une des multiples voies ouvertes par Albert.  

 

                                                                                  

                                                                                            Charles Quimbert